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Psychiatre infanto-juvénile et psychothérapeute.

Ph. Kinoo (2001) "Un psy-expert, est-ce pire ?" Enfances-Adolescences, vol.2 De Boeck, Louvain-la-Neuve.

"Attendu que les parties, divorcées par jugement prononcé le ... 1995 par le Tribunal de Première Instance de ..., ont trois enfants de leur union, soit Céline (15 ans) ; Audrey (10 ans) et Carole (8 ans) ; qu'au terme d'une ordonnance présidentielle du ...1989, l'administration provisoire de la personne et des biens des enfants fut confiée à l'actuelle défenderesse;
Attendu que la requête tend à entendre modifier l'attribution de l'administration de la personne et des biens des enfants à la faveur du demandeur;
Que l'examen des éléments du dossier montre que les enfants ont pu être perturbées par les conflits persistants entre les parties; que néanmoins ces éléments paraissent insuffisants pour permettre au Tribunal de trancher;
Qu'à l'audience, les parties s'accordent pour qu'un expert pédopsychiatre soit désigné en vue de rechercher, compte tenu de la personnalité des parents et des souhaits des enfants, les meilleures modalités pour l’organisation de l’hébergement des enfants chez leur père et chez leur mère, en fonction de l’intérêt des enfants,
Avant de dire droit,
Désignons comme expert le Dr K., ainsi que les autres médecins, psychologues et assistants sociaux du centre G. avec pour mission après avoir rencontré les parties ensemble ou séparément et après s'être entouré de tout renseignement utile,
-    d'examiner les enfants Céline, Audrey et Carole,
-    aux fins de déterminer dans le plus grand intérêt des enfants auquel de ses parents l'administration de leur personne ou de leurs biens doit être confiée,
-    de concilier les parties si faire se peut dans l'intérêt de leurs filles,
-    de dresser de ses observations et constatations un rapport motivé et affirmé sous serment, lequel devra être déposé au Greffe de ce Tribunal dans les quatre mois de la date à laquelle il aura été saisi de sa mission par le greffe à la demande de la partie la plus diligente,
 
Disons que la provision d'usage sera à charge pour moitié de chacune des parties,
En attendant qu'il soit statué après le dépôt du rapport d'expertise donnons acte aux parties de leur accord de voir se continuer le système de garde actuel
Sursoyons à statuer sur le surplus..."

Deux semaines après avoir reçu ce courrier les désignant comme experts, le Dr K. et Madame L., psychologue, reçoivent Madame LAMEIRE et Monsieur DEVADER, accompagnés l'un et l'autre par leur avocat.  Parents et avocats ont été invités par courrier, précisant que ce premier entretien réunirait parents, conseils et experts, sans les enfants.

On le voit, ce premier contact est différent à bien des égards d'une consultation habituelle.  Pourtant, hormis la présence - pas banale, nous en convenons - d'avocats à cet entretien, on retrouve les ingrédients habituels d'une première consultation : des parents en difficulté, un problème concernant des enfants, un centre de consultations médicopsychologiques, une psychologue et un pédopsychiatre...  Bref, pas mal de confusions sont possibles autour des objectifs de cet entretien.  Il y en a deux qui nous paraissent plus particulièrement importantes.
La première, c'est bien évidemment que le problème était - jusqu'à l'entrée dans le bureau des psys - abordé uniquement dans le champ judiciaire.
Entrant chez nous, les parents entrent - au moins partiellement, et c'est là que cela devient difficile et intéressant - dans le champ "psy", la plupart du temps sans avoir spontanément conscience des différences d'identité et d'objectifs qui leur seront proposés.  Le champ judiciaire dont ils sont familiers, qu'est-ce en l'occurrence ?  C'est un lieu socialement défini ayant comme fonction d'arbitrer, de trancher, un litige entre deux parties (ici un couple séparé et en conflit sur l’organisation de l’hébergement de leurs enfants communs).  Mais cette fonction du judiciaire renforce - pas toujours, mais souvent - l'aspect conflictuel du problème.  Les parents n'ayant pu s'accorder entre eux, "ester en justice" c'est "entrer en lice", entrer dans un champ "judiciaire", certes, mais de bataille aussi, avec un arbitre - le juge, qui bien souvent sera vécu comme celui qui compte les points et qui décidera qui des deux parents à raison.  Les deux parents arrivant chez les psys, flanqués en outre de leurs avocats, avec un accord intérieur plus ou moins grand sur le bien fondé de la démarche, viennent habituellement dans le même état d'esprit qu'au tribunal : convaincre le psy de la justesse de leur requête.  Il s'agit moins pour chacun d'eux de chercher une solution à un problème que de convaincre l'autre (le juge, le psy) qu'ils ont la solution.
On voit donc que la première difficulté est liée à cette confusion possible : prendre le psy pour un nouveau, un autre juge.
La seconde confusion relève des psys eux-mêmes et de leur propre façon de concevoir leur fonction et leur rôle dans une expertise en droit familial; c'est celle qui nous intéressera le plus dans ce texte.  Car si on peut se demander ce que des parents en litige attendent de l'expert, il faut que l'expert psy s'interroge sur ce qu'il a à faire hors de son champ thérapeutique habituel, en s'aventurant dans le champ judiciaire.  Nous tenterons de montrer que c'est cette interrogation, ce questionnement du psy sur son propre rôle, sur ses responsabilités qui permettra à chacun (parents, enfants et juges) d'être au clair avec leurs propres responsabilités et qu'ainsi éthique de l'expertise et éthique thérapeutique restent bien une même éthique du respect de la personne humaine.
Enfin, soulignons combien, selon nous, il est essentiel que le psy qui s'aventure dans le champ judiciaire prenne connaissance et assimile les règles qui régissent ce champ qui lui est habituellement peu connu.  Et cela pour plusieurs raisons : pour le juriste, le respect de la règle de procédure est une garantie incontournable du bon fonctionnement de la justice (une seule "erreur de technique juridique" peut faire annuler tout le travail); pour le psy, s'engageant en "pays étranger", il a à en connaître les coutumes et à les respecter; enfin, percevoir  ce que représente et garantit le juridique pour le sujet  est également d'un prodigieux intérêt non seulement pour l'expertise, mais pour le travail psychothérapeutique en général.

C'est Monsieur DEVADER qui est "demandeur" (en termes judiciaires, c'est lui qui a introduit la requête au tribunal), et nous lui donnons la parole.  Il souhaite l’autorité parentale pour ses filles et un hébergement alterné de semaine en semaine.  Son avocat précise les aspects juridiques, les questions de procédures, passées et actuelles.  Monsieur DEVADER explique que la séparation a eu lieu il y a 5 ans lorsque le couple s'était établi dans un pays africain, pour des raisons professionnelles.  Il est architecte et avait eu un contrat intéressant.  Son épouse l'avait accompagné avec les enfants, mais l'adaptation de Madame LAMEIRE ne fut pas réussie.  L'entente était déjà précaire avant le départ et les différences d'adaptation détériorent encore le climat.  Madame rentre en Belgique avec les enfants.  Il n'y a pas à ce moment de décision de séparation "officielle", mais celle-ci devient effective quand Madame LAMEIRE noue une relation extra-conjugale.  A ce sujet, Monsieur DEVADER s'exprime encore avec un ton plein de reproches.  Pour lui, ce fut une trahison.  Ce jour encore, il estime que son épouse a commis une "faute", qui la rend responsable de la séparation.  Les enfants restent avec leur mère pendant toute cette période.  Un tribunal confirme officiellement l’hébergement chez la mère, et octroie à cette dernière l’autorité parentale vu le travail du père à l’étranger.  Au retour de Monsieur DEVADER en Belgique l'année suivante, les parents s'accordent sur un hébergement alterné, sans repasser devant le tribunal...
Ici, Monsieur DEVADER développe son second reproche concernant cette fois la situation actuelle : selon lui, Madame LAMEIRE "utilise" le fait qu'elle a toujours "l’autorité parentale exclusive" des enfants (la garde "officielle") et qu'elle exerce donc l'autorité parentale, pour contrôler et décider pour les filles, le laissant à l'écart.  Elle a décidé de supprimer l'alternance hebdomadaire sans motif sérieux selon le père.  Sa requête de reprendre l’autorité parentale sur ses filles est dicté par le souhait de ses filles, régulièrement exprimé, d'avoir plus de contact avec lui.
Il pourrait ainsi retrouver un hébergement alterné auquel il tient et qu'il estime adéquat pour ses filles, qui le lui demandent.  C'est surtout pour cette dernière raison qu'il a introduit sa requête, même si, en outre, il tient à obtenir l’autorité parentale afin de mettre fin à ce qu'il estime être, dans les faits, un abus d'autorité maternelle.

Madame LAMEIRE quant à elle souligne que la fin de la vie commune fut extrêmement pénible, Monsieur refusant de discuter les difficultés tant matérielles qu'émotionnelles et relationnelles qu'elle porta essentiellement seule.  En outre, actuellement, elle ne partage absolument pas le point de vue de son ex-mari.  Les filles sont satisfaites de la situation actuelle d’hébergement principal chez elle et elle accuse Monsieur de faire tantôt subtilement, tantôt lourdement, pression sur les enfants pour les "gagner" à sa cause.  Elle affirme que les trois filles lui disent ne pas tenir à changer l'organisation de l’hébergement.

La discussion est tendue, nous devons intervenir quelques fois fermement pour permettre à chacun d'aller au bout de son point de vue, de préciser ce qu'il pense, tout en évitant d'entrer dans les détails des conflits passés.
Ensuite, nous leur demandons à l'un et à l'autre s'ils ont déjà parlé aux enfants de l'expertise demandée.
Monsieur nous répond qu'il n'a rien à cacher aux enfants et qu'il les a bien sûr informées.  Il nous signale aussi qu'il a d'ailleurs demandé à ses filles de bien réfléchir avant qu'il n'introduise sa demande de changement d’organisation d’hébergement et les a exhortées à nous dire tout ce qu'elles pensaient.  Madame LAMEIRE a préféré ne pas parler à ses filles et attendait cet entretien pour le faire ensuite.  Elle reproche à cette occasion à Monsieur de les impliquer trop dans la problématique et se dit choquée par l'illustration qu'il vient d'en donner une fois de plus.  De toute façon, ajoute-t-elle, elle sait que ses filles lui sont attachées, qu'elles se plaignent des pressions paternelles et espère que nous pourrons saisir la vérité de ce qu'elles pensent.
A ce stade, nous estimons utile de dire nos premières impressions de cet entretien, et d'aborder la participation des enfants : "D'abord, nous avons déjà la conviction, à partir, dans le fond, de ce que vous n'avez pas dit, que vos filles vous sont attachées à l'un et à l'autre.  En effet, s'il y a des reproches  dans vos discours, il s'agit de reproches adressés à des attitudes parentales mais ni l'un ni l'autre ne faites état de problèmes relationnels importants entre les enfants et un des parents.  Pour nous, il s'agit là d'un premier élément capital dans l'appréhension de cette situation".
Les deux parents confirment cette impression que nous leur renvoyons d'emblée, et, déjà à ce stade, un certain apaisement s'installe dans l'entretien.

Il s'agit là d'une première intervention recadrante, posant plus centralement la relation de l'enfant avec les parents, alors que souvent dans une procédure judiciaire, chaque parent s'acharne à faire des reproches "personnels" à l'adversaire.  S'il y avait eu des difficultés relationnelles (réelles, imaginaires, exagérées, ...) elles auraient vraisemblablement fait partie de ce premier train de reproches.  Il s'agit donc en quelque sorte d'une interprétation de l'absence de reproche à ce niveau qui permet de souligner un aspect positif de la situation des enfants : l'attachement qu'ils ont à chacun de leurs parents.  Pour peu qu'il soit authentiquement vécu et ressenti, ce recadrage positif permet souvent de couper court à l'escalade de reproches qui s'installe habituellement dans ce type d'entretien en se recentrant sur les besoins affectifs des enfants, et la recherche de réponses à ces besoins.

Nous précisons encore : "Ceci dit, notre rencontre avec les enfants, que nous recevrons au moins deux fois, chacune séparément, ne consiste pas en une sorte d'interview, où nous leur demanderions de nous dire "ce qu'elles pensent", ou ce qu'elles souhaitent, et sûrement pas si elles souhaitent vivre chez leur père ou chez leur mère".  Monsieur est interloqué, Madame étonnée...  Nous poursuivons : "Nous essaierons de parler avec elles de leur situation, de la manière dont elles la vivent, des différentes solutions possibles...  Elles nous diront peut-être, peut-être pas, leurs souhaits, mais cela ne constitue pas pour nous l'élément essentiel de nos investigations.  Au contraire, il est même bien possible qu'elles parlent "vrai" quand elles disent à papa qu'elles veulent le voir plus souvent, et tout aussi "vrai" quand elles disent à maman qu'elles sont satisfaites de la situation actuelle !  Nous leur dirons aussi que, dans cette procédure, deux "acteurs" peuvent décider, et deux autres n'ont rien à décider, même s'ils ont une place importante, et une parole qui sera écoutée.  Ceux qui peuvent décider, ce sont d'un côté le juge, et de l'autre côté les parents ensemble.  D'ailleurs, prise ensemble, la décision des parents l'emporte sur la décision du juge.  Ceux qui ont une parole écoutée, mais pas de pouvoir de décision, ce sont les enfants et les experts".
Petit sourire entendu des avocats : "C'est de la théorie, docteur.  Vous savez bien que les juges suivent quasi toujours les experts".
"C'est une théorie mais elle est importante et il est important d'y faire correspondre la pratique.  Nous ne sommes pas tenus de proposer au juge une solution mais de lui donner des éléments concernant la situation relationnelle de la famille, afin de lui permettre de mieux appréhender cette situation avant de décider.  Si nous avons un avis quant à des modalités  d’hébergement, nous le donnerons, mais ce n'est pas l'objectif premier de ce travail, en tout cas, tel que nous le concevons.  Et c'est d'autant plus important que nous sentons peser sur nous la demande de percevoir ce que les enfants pensent "vraiment", ... et, derrière cela, la tentation de décider ce que les enfants "veulent vraiment".  Il est aussi possible que les enfants soient en difficulté relationnelle et n'aient pas une idée bien claire de ce qu'elles "veulent vraiment".
Les enfants et les experts ne décident pas, cela veut dire qu'il n'est pas de leur responsabilité de décider.  Il s'agit là de la responsabilité soit des parents, soit de la justice.  Glisser cette responsabilité sur d'autres acteurs, et plus particulièrement sur les enfants, risque de mettre l'enfant plus en difficulté que de l'aider à trouver sa juste place dans les relations familiales".

A ce stade, il nous paraissait en effet important de réorienter la demande de "chercher la vérité de ce que les enfants pensaient" vers une possibilité de comprendre leur position dans une éventuelle complexité, avec leurs ambiguïtés et leurs ambivalences, de sortir les parents d'une vision univoque et réductrice de la situation de leurs filles, et d'esquisser avec eux la complexité possible des sentiments de celles-ci.
Ce que nous pourrions ajouter ici quant aux glissements dangereux de responsabilités, c'est qu'à côté du glissement "parents vers les enfants", il en existe un autre : celui du juge vers les experts.  Il arrive que des juges - comme le signalaient les avocats - délèguent presque explicitement à l'expert la responsabilité de trancher.  Cela nous paraît une dérive dangereuse, car le psy n'est pas le garant de la norme, il n'est pas un technocrate de l'âme qui, sachant ce qui serait "bon pour l'enfant", aurait en outre la responsabilité de décider, à la place du juge ou à la place des parents.  Sa responsabilité est dans l'investigation et dans le rapport (au sens de rapporter au juge et aux parents).

Nous expliquons ensuite notre manière de procéder.
Chaque parent sera reçu individuellement à deux reprises.  Une fois par la psychologue, une fois par le psychiatre.  Nous rencontrerons à deux reprises chaque fille, individuellement également.  Sauf si à ce moment d'autres investigations ou discussions nous paraissent utiles, nous rédigerons alors le "rapport préliminaire", où nous tentons de synthétiser les entretiens menés avec chacun et où nous ajoutons nos propres réflexions.  Ce rapport préliminaire sera envoyé aux "parties" et pourra faire l'objet de remarques écrites ou d'une nouvelle réunion commune.

Cette étape du "rapport préliminaire" est une étape obligée par la procédure d'expertise telle que définie par le code judiciaire.  Par rapport à la consultation médicale ou à la psychothérapie, il y a ici une caractéristique particulière de l'expertise qui nous semble intéressante.  En effet, dans la procédure judiciaire civile (réglant donc un litige entre deux parties), la procédure est dite contradictoire : toute pièce du dossier judiciaire est transmis au juge et aux deux parties; autrement dit, rien de confidentiel ne peut être au dossier et par la suite, toute décision du Tribunal doit être motivée par lui (ce sont les "attendu que ..." que l'on retrouve dans les jugements).  Cette caractéristique est tout à fait inhabituelle pour le médecin ou le psychologue, pour qui l'échange avec le patient est un échange oral (l'écrit étant plus classiquement réservé aux échanges avec les confrères ou d’autres intervenants médico-psychologiques).  Cette obligation de passer par l'écrit nous paraît tout à fait intéressante et formatrice pour le praticien.  Elle oblige non seulement à rendre compte du résultat des observations, mais, plus fondamentalement à notre avis, d'être au clair avec ce que les analystes appellent le contre-transfert, les systémistes, la résonnance et l'auto-référence.  En effet, comme la parole orale, mais avec une évidence plus grande, l'écrit est bien le reflet du regard de l'expert sur le contenu des entretiens.  Car si l'expert doit tenter de rapporter le plus fidèlement possible ce qui a été dit par chacun, il doit aussi être conscient de la part d'interprétation personnelle qu'il y met.  Puis, envoyant ce rapport aux parties, l'expert s'expose dans un deuxième temps au regard des parties, comme dans un jeu de deux miroirs qui se font face.  Et plus fondamentalement encore, ce qui nous paraît dans ce processus une caractéristique dont nous, les psys, pourrions nous inspirer dans nos pratiques thérapeutiques, par ce rapport envoyé aux parties et par les critiques et réactions de celles-ci, chaque parent reste bien considéré comme sujet responsable dans le processus.  L'expertise, même si elle a une certaine visée objectivante, s'inscrit bien dans une éthique d'une personne humaine responsable où l'expert a à rendre des comptes non seulement au juge, mais également aux parties, c'est-à-dire les parents.  Nous verrons plus loin comment nous tentons d'intégrer les enfants à cette manière de concevoir l'expertise.

Enfin, nous clôturons ce premier entretien par un accord sur les honoraires, partagés également entre les deux parents  (l'expertise faisant partie d'une procédure judiciaire, il ne peut être question d'attestations de soins permettant une quelconque intervention de la sécurité sociale; les honoraires sont donc à charge des parties).  Nous fixons aussi les rendez-vous pour les parents et les enfants.  Ceux-ci s'étaleront sur cinq semaines.  

Comme prévu nous rencontrons à deux reprises chacun des parents et chacun des enfants.  Nous passerons sur la description des entretiens eux-mêmes.  Comme c'est souvent le cas dans un contexte d'expertise, les parents refont dans un premier temps le résumé de leurs griefs par rapport à l'autre conjoint.  Nous les écoutons brièvement, puis nous veillons à orienter l'entretien sur les enfants, en demandant aux parents de nous les "présenter", aussi de se présenter eux-mêmes comme parents, d'évoquer ce qu'ils imaginent de la relation des enfants avec l'autre parent et réciproquement...  Chacune des trois filles est vue ensuite.  Intelligentes, sensibles, elles vivent de façon fort différente leur situation.  Les entretiens avec elles sont fort riches; chacune à sa manière, après un temps de prise de connaissance, s'engage dans l'échange avec nous.  Elles connaissent le contexte de l'expertise et ont eu l'occasion d'en parler avec chaque parent.  Après ces rencontres, nous rédigeons un projet de rapport pour chacune des filles, et nous leur fixons ensuite un nouveau rendez-vous.  Nous avions en effet convenu qu'avant d'envoyer le rapport préliminaire aux parents, nous tenions à lire avec chacune le texte la concernant et d'en discuter.
Avec Céline, nous discutons le texte suivant:



"Céline
Céline est la fille aînée.  Elle est âgée de 15 ans lors des entretiens au centre.
Le contenu des entretiens est abordé par Céline avec beaucoup de sensibilité, une grande volonté de lucidité, et de respect pour chacun dans la famille.
Tout d'abord, elle souligne la complexité de sa propre position : elle se dit prête à faire des choix personnels; elle aimerait, en quelque sorte, trouver ce qui serait "sa" solution pour elle-même dans ce contexte, mais en même temps, découvre qu'aucune solution ne lui conviendrait tout à fait... ou alors, ce n'est pas réaliste pour un avenir proche.  Ceci n'est d'ailleurs pas inintéressant car Céline aspire à avoir quelques années de plus, à avoir une chambre d'étudiant à la ville universitaire voisine, d'où elle serait libre de gérer ses relations comme bon lui semble, d'aller chez son père, chez sa mère, ou ailleurs, en toute liberté...
Pour un avenir plus proche, elle rêve, sans trop y croire, à plus de liberté pour gérer le quotidien, les nuits passées chez l'un ou l'autre parent, bref des relations plus souples, où des parents pourraient négocier sans passer par le juge.  Mais comme signalé, elle n'ose trop y croire.
On le voit, et Céline le précisera elle-même, elle tient à rester impliquée dans la famille, dans la relation à ses deux parents.  Mais elle dit aussi avoir souffert, trouvé fort lourd le climat de tension qui entourait les difficultés qui étaient - selon elle - des difficultés entre adultes.
Emotionnellement, Céline se décrit en plein cheminement.  Jusqu'il y a peu, elle s'est sentie fort proche de son père, dans le milieu duquel elle se sentait plus au calme, par qui elle se sentait plus reconnue mais qui, à son sens, l'impliquait plus dans les questions liées à la séparation.  Depuis peu, elle cherche à se rapprocher plus de sa mère, à avoir une relation plus intime, alors qu'auparavant, elle se sentait beaucoup plus impliquée par la prise en charge des plus jeunes...
De ses soeurs, Céline parle avec tendresse, avec attachement.  Audrey plus discrète, peut apparemment compter sur l'affection de sa grande soeur.  Carole est plus taquine, a un comportement plus agité, ce qui l'agace parfois.  Mais pour les deux, Céline parle avec chaleur et un esprit responsable.
En résumé, soulignons combien les entretiens au centre avec Céline ont révélé une jeune fille sensible, lucide sur elle-même, manifestant d'une part sa volonté de trouver des relations équilibrées avec son père et sa mère (même si actuellement elle tient à un "rapprochement émotionnel" avec sa mère) et d'autre part, sa volonté de se prendre, dans toute la mesure du possible, déjà elle-même en charge."

A la lecture de ce texte, Céline se dit soulagée et heureuse.  "C'est vraiment ce que je pense"  Nous lui signalons que nous n'avons fait que résumer et synthétiser nos échanges avec elle : c'est bien elle qui a parlé d'elle-même et de sa famille.  Si nous avons fait la mise en forme, rien de ce qui est du fond ne vient d'ailleurs que de ce qu'elle nous a dit.  Elle nous demande ensuite si elle peut recevoir une photocopie de ce texte.  Après réflexion, nous estimons que ce n'est pas à nous de lui transmettre une copie.  Le rapport "appartient" en effet au juge et à chacun de ses parents, c'est eux qui décident du sort qu'ils réserveront à l'écrit.  Nous lui disons que nous sommes persuadés que ses parents seront d'accord pour lui faire une copie.  Dans la foulée, nous lui suggérons aussi de ne pas chercher à prendre connaissance des autres parties du rapport, même si ses parents le lui proposent.  En effet, puisqu'elle estime que les enfants ont été trop impliqués par les adultes, c'est peut-être une manière de veiller à prendre ou à garder ses distances...

Voici le texte soumis à Audrey, 12 ans.

"Audrey
Audrey est la seconde des trois soeurs.  Elle entre en 6ème primaire, bonne élève, satisfaite de son école...
Elle est posée, douce.  Elle s'exprime clairement.  Elle sait l'enjeu des entretiens au centre et exprime "clairement son trouble".  Venir parler du choix de l'organisation de l’hébergement lui est difficile, car c'est à la fois, pour elle, important et dangereux.  La suite des entretiens illustreront bien la difficulté d'Audrey : elle tente de faire des choix pour elle-même et en même temps elle est extrêmement sensible aux autres, tant dans ce que les autres pensent, que dans ce que les autres pensent de ce qu'elle pourrait penser.  Dans un contexte familial, ou mieux, parental, qu'elle vit comme toujours conflictuel, on voit combien toute pensée propre est non seulement dangereuse, mais aussi difficile.  Ainsi, si au premier entretien (à la fin d'un séjour chez maman), Audrey, tout en ne voulant pas se prononcer, laisse néanmoins entendre que l'alternance est difficile pour les enfants, au second entretien, après un long week-end chez son père, elle témoigne avec la même conviction que l'alternance est plus "juste".
Or, insistons là-dessus, Audrey n'a rien d'une fillette immature, versatile ou irréfléchie.  Au contraire, les entretiens ont montré sa sensibilité, son souci de bien faire...
Ceci dit, si Audrey se montre empêtrée dans les choix à (ne pas) faire, elle est capable aussi de critiques vis-à-vis de son entourage.  Avec douceur, mais, à notre avis, avec une pertinence certaine, elle décrit une maman "cool" avec qui elle a le contact facile, mais parfois trop plaintive, ou un papa faisant subtilement pression (ou, plus précisément, agissant avec ce qu'elle vit comme une pression : ainsi, elle prenait l'exemple de papa insistant pour qu'elle dise bien si elle était sûre de son "choix" pour l'alternance; plus il insistait pour qu'elle soit "sûre", plus il lui était difficile de parler de son trouble, de ses hésitations...).
Mais derrière ces difficultés, Audrey souligne aussi combien son principal souhait serait une meilleure entente entre ses parents.  Dans le fond, elle laisse percevoir que la question du "choix" de l'organisation  de l’hébergement est secondaire par rapport à cette aspiration plus fondamentale : une plus grande paix, une plus grande sérénité pour la famille, et plus précisément, un apaisement de ce qu'elle vit encore comme un conflit entre ses parents."

Audrey, à la lecture de ce texte demeure pensive, nous demande ce que ses parents diront ou penseront en en prenant connaissance...  Comme dans les entretiens avec elle, c'est plus l'effet de sa parole sur les autres que sa pensée propre qui la préoccupe.  Nous le lui disons et proposons de relire une deuxième fois le texte, phrase par phrase, en discutant de l'effet imaginé de ces phrases sur papa, sur maman.  Cet exercice apaise Audrey, qui conclut en disant : "Je ne crois pas que ça va les étonner, je pense qu'ils le savent déjà".

Avec Carole, nous discutons ceci :

"Carole
Carole, la plus jeune des trois, a presque 9 ans quand nous la rencontrons.  Elle entre, elle, en 4ème primaire et est ravie de son école, malgré, selon elle, quelques difficultés d'apprentissage.
D'emblée, elle se montre volubile, à l'aise, pétillante.  Elle parle facilement, clairement et explique d'emblée que, sachant bien l'enjeu de sa venue ici, elle ne veut pas faire des "choix".  S'expliquant plus avant, il apparaît rapidement qu'elle tient surtout à témoigner de son attachement "égal" à ses deux parents et craint que formuler un "choix" puisse être mal interprété par l'un ou par l'autre comme "choisir un parent".  Elle ne veut donc pas parler d'une préférence éventuelle pour l'une ou l'autre formule, puisque cela pourrait être interprété comme une préférence de l'un ou l'autre parent.
Plus largement, Carole apparaît dotée d'un caractère extrêmement positif, appréciant largement son entourage : ses parents bien sûr, mais aussi ses grands-parents, les cousins et cousines des deux familles, ses grandes soeurs aussi (elle estime en effet que si ses grandes soeurs sont souvent moralisatrices à son égard, "elles ont quand même souvent raison").  Sensible aussi, elle évoque comment elle perçoit la tristesse chez son père, chez sa mère.
Enfin, s'il fallait encore un exemple de cette sensibilité par rapport à la situation de séparation, nous rapporterons l'extrait d'entretien suivant :
- "Si tu avais un voeu que tu aimerais réaliser ?".
- Carole : "Le bonheur de tous".
- "C'est quoi le bonheur de tous ?".
- Carole : "Je ne sais pas".
- "Et le tien ?".
- Carole : "Que papa et maman s'entendent, qu'ils soient d'accord...".

Carole est très attentive à la lecture de ce texte, demande des précisions ("C'est quoi, moralisatrices ?").  A la fin, écoutant le petit dialogue que nous lui lisons, elle part d'un grand sourire et conclut : "C'est bien".

Ces trois textes débutent le rapport d'expertise que nous envoyons avec la suite que voici :

"Madame LAMEIRE
Madame LAMEIRE nous est apparue épanouie, bien dans sa nouvelle vie mais très préoccupée par ce problème d’hébergement.
Elle retrace la vie commune avec Monsieur DEVADER, leur distanciation progressive.  Elle en parle sans haine ni rancoeur, mais persuadée qu'il reste entre eux des choses non résolues.
Elle pense que Monsieur DEVADER n'a toujours pas accepté la séparation, sa nouvelle vie, et fait état d'une relation entre eux qui se dégrade de plus en plus.  Elle pense également que les enfants sont utilisées comme un enjeu par Monsieur DEVADER dans leur relation conflictuelle.  Plus aucune négociation n'est possible, dit-elle.  Elle le regrette et souhaite qu'un travail de médiation leur permette d'éclairer leurs différends, tout en restant sceptique sur la possibilité d'un changement.  
Elle décrit ses trois filles avec finesse, nuances.  Elle sent Céline se rapprocher d'elle depuis peu, après avoir été fort attirée par la vie chez son père.  Elle sent la souffrance d'Audrey, c'est sur elle qu'elle perçoit le plus les pressions paternelles.  Carole, de caractère plus joyeux, plus insouciante, lui semble traverser les tensions familiales avec moins de difficultés.
Pourtant, Madame LAMEIRE a senti les enfants mal à l'aise dans la situation d’hébergement alterné.  Elle ne remet pas en question la relation entre les filles et  leur père, relation qu'elle considère bonne, mais bien plutôt le style de vie mené par Monsieur DEVADER, qu'elle estime ne pas être favorable pour la vie quotidienne des enfants : peu de structure, rythmes irréguliers, sorties, retard à l'école, parfois manque d'hygiène.  En outre, leur difficulté à communiquer, qui selon elle, s'était aggravée avant sa décision de revenir à « une garde classique », rendait la gestion de la vie journalière (école, loisirs, ...) trop difficile pour chacun, parents et enfants.
Ceci dit, elle sait que leur père peut offrir des choses aux filles qu'elle-même ne peut leur offrir : les voyages, l'aventure, ... sont bien plus pris en compte par le père, à la grande satisfaction des trois enfants.  Même si ses filles sont discrètes avec elle sur leurs souhaits pour l'organisation de l’hébergement, elle les sent plus à l'aise, moins "déréglées" depuis qu'elle a décidé de revenir à l'organisation actuelle.
En conclusion, Madame LAMEIRE est sceptique par rapport à un mode d’hébergement alterné pour leurs filles; elle pense que le style de vie de Monsieur DEVADER ne convient pas au quotidien pour les enfants.  Elle regrette la dégradation de leur relation où, dit-elle, la communication n'est plus possible.  Elle pense que Monsieur DEVADER n'accepte pas leur séparation et se sert des enfants dans leur conflit."

"Monsieur DEVADER
Monsieur DEVADER pense avoir évolué par rapport à la situation de séparation avec Madame LAMEIRE.  Il évoque les tensions du début, sa difficulté à accepter les choses.  Actuellement, même s'il n'a pas oublié tout ce qu'il s'est passé, il se dit sans haine, assumant mieux la séparation.
Ainsi, ce qui est interprété par Madame LAMEIRE comme de l'agressivité de Monsieur DEVADER à son égard n'est pas confirmé par lui.  Si Madame LAMEIRE pense que leur difficulté à s'entendre relève de choses non dites et de conflits non résolus, Monsieur DEVADER pense lui que cela relève de défauts dans leur organisation, d'un manque de flexibilité aussi.  Mais par ailleurs, il dit en vouloir à Madame LAMEIRE d'impliquer les enfants dans leur conflit.
Lui aussi parle de ses enfants avec beaucoup de nuances.  Il évoque leur intelligence, leur sensibilité.  Il sait leur attachement à leur mère, mais estime qu'elle abuse du pouvoir que lui octroie la décision du tribunal pour décider sans tenir compte de l'avis de ses filles.  Ses trois filles lui ont témoigné leur désir de revenir à un hébergement alterné et c'est pour cela qu'il a entamé une procédure judiciaire.
En effet, par rapport à l’hébergement alterné, Monsieur DEVADER dit avoir été surpris d'apprendre que Madame LAMEIRE ne souhaitait plus cela.  Il pense que ce mode d’hébergement a bien fonctionné durant deux ans et un peu moins bien la dernière année.  Il reconnaît avoir un autre style de vie que celui de Madame LAMEIRE, moins structuré mais pas tout à fait farfelu, dit-il.  Il pense aussi que les deux modes de vie enrichissent les enfants.  Il fait confiance à Madame LAMEIRE par rapport à son mode d'éducation mais souhaite n'être pas relégué à un rôle de "papa loisir", et pouvoir prendre part à l'éducation de ses filles.  Il a aménagé des choses dans sa vie dans ce but : retour en Belgique, location d'un grand appartement, arrangements au travail pour être présent auprès des enfants.
En conclusion, on sent que Monsieur DEVADER a tendance à diminuer l'importance des tensions qui existent entre lui et Madame LAMEIRE.  Il les perçoit mais c'est comme s'il ne voulait pas s'y attarder.  Ainsi il évoque le fait que les enfants seraient utilisées par leur mère dans le conflit et s'il dit aussi ne plus vouloir de dialogue direct avec Madame LAMEIRE, il n'éprouve pas le besoin d'éclairer ces points avec Madame LAMEIRE.  Il pense qu'un "calendrier pourrait résoudre cela".  Par ailleurs, on sent que sa motivation à jouer un rôle dans l'éducation de ses filles est importante."

Enfin, nous ajoutons encore un chapitre qui expose nos propres impressions.

"Réflexions
Soulignons d'emblée ce qui nous semble des éléments essentiels de la situation qui nous est soumise.  
D'abord, tant Céline qu'Audrey ou Carole, nous sont apparues intelligentes, sensibles, nuancées, chacune avec leur caractère et leur tempérament, bien sûr, mais profondément attachées, toutes les trois, à leurs deux parents.  Céline le manifeste déjà dans un mouvement vers plus d'autonomie; Audrey sans doute, parmi les trois soeurs, avec le plus de souffrance, de malaise; Carole avec plus d'optimisme...  Toujours avec des nuances personnelles, chacune des trois manifeste que le problème essentiel n'est pas, pour elles, dans la relation avec l'un ou l'autre parent, mais dans les effets de ce qui reste de conflictuel dans la relation entre leurs deux parents.
Ceci nous amène d'ailleurs au second aspect qui nous paraît important pour comprendre cette dynamique : les tensions qui perdurent entre les parents et la difficulté, la quasi impossibilité de communiquer de façon suffisamment sereine pour résoudre des questions d'organisation ou autres.  Il nous semble que cette difficulté est liée non pas à des enjeux actuels (car, dans le fond, pour l'instant il n'y a pas de problèmes personnels ou relationnels importants, en tout cas pour ce qui concerne les trois soeurs, ni de problème matériel ou financier), mais à des enjeux passés, principalement liés à la période avant et après la séparation.  La rancune existe encore, plus particulièrement chez Monsieur DEVADER; la méfiance est toujours là, plus chez Madame LAMEIRE... Pourtant, ces sentiments bien compréhensibles quant à la relation (ex-)conjugale, sentiments conséquences de ce qui était un problème de couple, deviennent actuellement le coeur d'un problème familial plus large : ces sentiments liés à une situation ancienne font barrage à un changement de qualité relationnelle dans la famille.  Plus concrètement, par rapport à la mission que nous a confiée le tribunal, il ne nous semble pas que la "solution" pour les enfants se trouve du côté d'un type d'organisation de l’hébergement qui leur conviendrait mieux, mais bien plus du côté d'une modification de la "qualité relationnelle" dans le triangle enfants-père-mère.  Nous avons en effet la conviction que les enfants se sont adaptées et s'adapteront à toute organisation, mais cela d'autant mieux que ce qu'ils sentent du conflit parental se sera amenuisé.
A ce stade-ci de notre travail nous soulignerons donc, à l'instar des enfants, que ce sera moins une décision du tribunal qui pourrait amener le changement le plus positif pour les trois soeurs, mais une modification de la manière d'être en relation de Madame LAMEIRE et de Monsieur DEVADER.  Ceci, nous en sommes bien conscients, ne se règle pas par ordonnance - qu'elle soit judiciaire ou médicale -, mais peut être tenté si l'un et l'autre parent étaient prêts à s'engager dans cette voie...  
Concrètement, quelques voies pourraient être explorées lors d'une discussion de ce rapport préliminaire.
1.    Tentative de "conciliation", où les parties s'engageraient plus avant dans      la recherche d'une décision commune pour les enfants.
2.    Faire un travail "parental" sur la difficulté de communication, sur les blocages qui persistent entre eux, en s'adressant à une consultation pédopsychiatrique, ou psychologique, hors du contexte judiciaire".

Trois semaines après avoir envoyé le rapport préliminaire aux avocats, nous revoyons les deux parents ensemble avec les avocats, avec un double objectif : d'abord faire les remarques éventuelles concernant le rapport, ensuite, si possible, dégager des propositions communes.  L'ambiance est plus détendue que la première fois.  Assez rapidement il apparaît que c'est dû, tant pour Madame LAMEIRE que pour Monsieur DEVADER, aux réactions des filles après leur passage au centre.  Elles étaient toutes trois soulagées et contentes, et l'ont dit à chaque parent.  Madame a parlé de nos "réflexions" aux enfants; Monsieur leur a montré notre texte.  Céline la première a répondu que c'était à eux de s'arranger, qu'elles n'avaient rien à ajouter.  Suite à cela, il y a eu, avant la rencontre au centre, un coup de fil entre les parents où ils se sont parlé à propos des suggestions que nous avions faites dans la partie "réflexions" du rapport préliminaire.
Ils sont en effet tous deux assez d'accord avec le rapport, soulagés, dans le fond, d'entendre des "psys" parler positivement des enfants, pas tellement surpris de notre proposition mais pas décidés du tout à aller consulter ailleurs.  Par contre, ils nous demandent si nous serions prêts à les revoir pour approfondir cette "voie" que nous suggérions.  Ils estiment que nous connaissons déjà la situation, que nous avons rencontré les enfants, mais surtout que nous avons le bénéfice de leur confiance.

La situation n'est pas simple.
En effet, plusieurs choses se mêlent à ce stade.  D'abord, nous sommes toujours dans le cadre d'une expertise, et si quelquefois il est possible "d'expérimenter" dans une expertise (par exemple organiser, de commun accord avec les deux parents et les experts, telle ou telle organisation d’hébergement ou de visite), il est dangereux de s'aventurer dans un terrain trop "thérapeutique", où parents et/ou experts se sentiraient dans l'impasse par la confidentialité de certains aspects abordés dans les entretiens.  
Ensuite, la déontologie médicale interdit au médecin expert de devenir médecin traitant (art. 121 du code de déontologie médicale, § 2 : "Les missions ou fonctions définies à l'art. 119 (dont l'expertise) à l'égard d'une ou plusieurs personnes sont incompatibles avec celle de médecin traitant de ces personnes.  Le médecin visé à l'art. 119 ne peut devenir médecin traitant qu'après un délai de 3 ans, à dater de la fin de la mission, sauf force majeure ou réquisition").  Le sens de cet article nous paraît clair, il s'agit d'éviter toute tentation de collusion ou autre dérive.  Dans un cas comme celui-ci, nous hésitons à parler de "force majeure", même s'il est clair que le travail préalable fait dans l'expertise a noué un lien entre chacun des parents et les psys, et entre les deux parents.  Ceci dit, rien n'empêche (comme déjà suggérés dans les "réflexions") les parents de consulter ailleurs et rien ne dit que cela ne pourrait pas bien se passer avec un autre intervenant médicopsychologique.
Par contre, la procédure d'expertise civile prévoit que la mission de l'expertise inclut la possibilité de concilier les parties si faire se peut (art.972 du code judiciaire: "(...) Les experts entendent les parties et facilitent leur conciliation").  En outre, le juge l'avait précisé dans la description de la mission: "... avec pour mission (...) de concilier les parties si faire se peut dans l'intérêt de leurs filles".  La conciliation est la recherche d'une solution commune aux parties qui est alors, soit simplement appliquée par les parties, soit soumise au juge pour "homologation".  La tentative de conciliation est une étape distincte dans la procédure de l'expertise, où les discussions restent confidentielles et ne doivent pas faire l'objet d'un rapport.  En cas d'accord, les parties et l'expert mettent cet accord sur papier.  Sans accord, l'expert dépose ses conclusions .
Il y a donc, à ce stade, à (re)définir le cadre du travail :
-    une aide "psychologique" (entretiens de guidance parentale, ...) ou de communication (médiation judiciaire ou autre, ...).  Dans ce cas, il faut réorienter la famille vers un autre service.
-    une "expérimentation", dans le cadre de l'expertise, avec, conséquemment, rapport de cette "expérimentation";
-    une (tentative de) conciliation, sorte d'écart légal à l'expertise proprement dite, le législateur ayant reconnu, dans le fond, la responsabilité des parties et de l'expert quant à la recherche de solutions au litige; dans ce cadre - et comme il faut "changer de cadre", il faut être extrêmement précis - l'expert peut jouer le rôle de facilitateur de communication en vue de trouver une solution négociée et commune à un conflit entre parents, concernant des enfants.

Nous exposons en quelques mots aux avocats et aux parents ce qui précède et précisons donc que nous serions prêts à "tenter une conciliation", dans le sens où nous discuterions avec les parents ensemble l'organisation de l’hébergement.  Nous ajoutons que l'objectif n'est pas de régler leur problème de relation ni leurs comptes passés.  Si c'est cela qu'ils cherchent, nous les encourageons à consulter clairement en dehors du champ judiciaire.
Madame est tentée par la seconde formule, Monsieur ne veut pas entendre parler d'une autre consultation, "puisque avec un bon calendrier..."

Nous en resterons-là, sans pouvoir trancher.  Nous proposons alors aux parents de réfléchir chacun de leur côté, ou de se contacter s'ils le souhaitent, et de nous répondre dans une quinzaine de jours pour dire si :
a)    ils tentent un travail de conciliation sur l'organisation avec nous (condition nécessaire : qu'ils soient tous deux d'accord à ce propos),
b)    ils en restent là dans le travail avec le centre (qu'ils aient décidé de consulter ailleurs, ou non; cela est de leur responsabilité) et dans ce cas ils nous font parvenir d'éventuelles remarques et/ou propositions écrites que nous joindrons au rapport, et nous rédigerons les conclusions pour le tribunal.


Ce que nous avons voulu faire, c'est d'une part, marquer le cadre, ses limites et d'autre part, renforcer la responsabilisation des parents dans la recherche d'un nouvel accord concernant ces enfants.  La situation n'est plus aiguë, plus trop tendue, il n'y avait pas "urgence" à poursuivre le travail.  Il nous semblait même un peu dangereux de reprendre tout de suite ce qui avait été une suggestion de notre part, car c'était peut-être une illusion narcissique pour nous, ou une illusion simple pour les parents.  Un certain temps de latence nous paraissait ici un garant du sérieux de la demande éventuelle.

Deux semaines plus tard, les parents nous contactent.  Ils se sont vus, ont pu discuter un peu ensemble, et demandent de revenir au centre pour tenter la conciliation.  Quand nous les revoyons, sans les avocats, Monsieur explique qu'il a convaincu Madame en expliquant qu'il ne refusait plus complètement l'idée d'entretiens entre parents dans un cadre thérapeutique, mais qu'il tenait d'abord à essayer de trancher le conflit sur l'organisation de l’hébergement.  Il reprend pour ce faire un argument de nos "réflexions" : "les enfants se sont adaptées et s'adapteront à toute organisation...".  La suite de la phrase "...d'autant mieux que ce qu'ils sentent du conflit parental se sera amenuisé" serait, selon Monsieur DEVADER, en train de se réaliser.  Madame LAMEIRE est en partie d'accord, mais reste - bien sûr - plus inquiète quand à la solidité de cette amélioration relationnelle...

Nous les reverrons quatre fois ensemble dans cette phase de conciliation.
Le travail est, quant à la méthodologie, pas bien différent de l'entretien "parental" en consultation pédopsychiatrique.  Intense très certainement, vu les émotions liées aux blessures d'avant et d’après rupture, à l'agressivité souvent présente dans ces situations.
Notre rôle se doit de rester limité à maintenir le cap sur l'objectif (réfléchir à l'organisation) tout en acceptant une dose d'expression émotionnelle comme nécessaire à ce travail.

Il y aura quelques cris, quelques larmes.  Rapidement, au second entretien, ils s'accorderont sur une reprise de l’hébergement alterné, malgré la persistance de quelques craintes de Madame.  Les deux derniers entretiens précisent encore l'une ou l'autre modalité, et tentent aussi d'anticiper certaines difficultés possibles.  Plus fondamentalement, ces deux parents refont l'expérience de se parler, de se confronter, de décider ensemble pour leurs enfants.  Madame LAMEIRE surtout se dit étonnée de retrouver cette capacité chez eux.

Notre rôle devient réduit; nous mettons sur papier l'accord des parents que nous envoyons en guise de conclusion aux avocats et au magistrat.

Ne rêvons pas.
Cette situation ne reflète pas la majorité des expertises où l'incompréhension, l'agressivité, la haine ... entraînent les parents ou l'un deux jusqu'à des positions intransigeantes dans une vision manichéenne de la situation.

Dans ces cas, pas d'illusion, la justice par sa fonction particulière peut être un meilleur outil que le psy pour préserver dans la mesure du possible, la place d'enfant dans ces familles.

Donc, ceci est une "bonne" issue permise par l'expertise certes, mais c’est surtout parce que les parents étaient plus proches qu'ils ne pouvaient l'imaginer eux-mêmes de renouer un dialogue pour les enfants et de se respecter l'un l'autre comme parent, comme personne.

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Le texte qui précède a pu être discuté avec des collègues.

Un premier aspect soulevé dans ces discussions fut de tenter de définir "la position" de l'expert.  Cet aspect interroge plus les psychanalystes, qui ont largement approfondi la question du "savoir" et du "supposé-savoir".  Dans ce sens le rapport d'expertise, adressé au juge, mais transmis et discuté avec les parents, pourrait être défini comme une information pour ces parents.  Ils prennent connaissance de cette information, en apprécient ou non la pertinence, y trouvent ou non des éléments intéressants, ...  Le danger serait évidemment une dérive facilement possible, où le contenu du rapport serait considéré comme un "savoir sur" la famille.  Ce danger existe tant dans le chef des parents, que chez le juge ou chez le psy lui-même.

Autre aspect relevé, l'expertise a permis de renforcer l'autorité conjointe des parents.
En effet, chacun de mes lecteurs considérait que, dans cette situation, cela semblait une bonne chose.  L'un d'entre eux trouvait d'ailleurs que, dans les interventions, je n'avais pas assez souligné la nécessaire place du père, sa volonté légitime d'avoir un même "droit parental" que la mère.
C'est vrai.  Mais il me semble qu'il faut aussi être très prudent à ce propos et ne pas se laisser aller à croire que le psy serait détenteur de la "norme", du "savoir ce qui est bon" pour les familles.  C'est certain que dans notre contexte occidental de 2000, en milieu intellectuel, travaillant dans le domaine de l'enfance, étant soi-même parent, notre image du modèle parental, notre "idéal-du-parent", ce sont des parents "égaux", partageant de façon équilibrée leur investissement dans les enfants , et leur autorité sur eux, permettant aux enfants des relations équilibrées avec chacun d'eux.  Ceci dit, je ne crois pas qu'il est utile pour l'expert d'affirmer ce modèle comme étant la norme.  Ce sera au juge de "juger" ce qui est bon pour cette famille.  Au psy au contraire de tenter, dans toute la mesure du possible, de comprendre ce qui, précisément derrière la norme (et surtout nos propres normes, notre propre "idéal-du-parent") est en jeu dans cette famille.  S'il a à interpréter, ce n'est pas par rapport à "la norme", mais par rapport "aux normes subjectives intrafamiliales", la loyauté intrafamiliale, comme dirait Boszormenyi-Nagi, (1973).
Dans le fond, je crois que ce qui s'est passé avec cette famille - l'aboutissement à une décision de reprise de l’hébergement alterné - ce fut la réaffirmation par les parents de ce qu'eux-mêmes estimaient être le plus proche de leur "idéal-de-parent" (remarquons les similitudes psychosociales et culturelles du milieu de cette famille et des psys actuels; le fait aussi que leur premier réflexe fut précisément de décider de l’hébergement alterné).  Mais que ce soient nous les psys qui présentions le modèle parental "égal" comme le bon modèle, cela me paraît une dérive dangereuse.  Par contre, pointer plus clairement que cette demande du père est légitime, interroger éventuellement la mère sur cette idée, voir avec elle pourquoi ce principe - auquel elle adhère vraisemblablement - fait problème dans la situation concrète de sa famille peut être intéressant.  De la sorte, il s'agit plus d'un processus où on aide le parent à être critique par rapport à sa propre attitude, et, éventuellement, capable de la modifier afin d'être plus proche de ce que, dans le fond, il souhaite.

Dans cet ordre d'idée, il me fut suggéré aussi de pointer, d'interpréter le conflit entre les parents comme un conflit possiblement sensé : "Votre conflit, votre combat pour la garde des enfants, c'est peut-être ce qui vous permet d'éviter une dépression, consécutive à votre souffrance liée à la séparation".  On retrouve ici le recadrage positif, ou plus simplement une tentative d'interprétation du sens du symptôme.  Cela me semble fort juste.
Pourrait-on utiliser cette intervention dans l'expertise ?  Il me semble ici encore qu'il faut être prudent.  Autant en consultation, je n'hésite pas à suggérer cet aspect dès qu'il m'apparaît, autant je suis prudent avant de le faire en expertise.  En effet, en consultation les parents demandent une aide au changement, ils sont - en principe du moins - prêts à une remise en question.  En expertise, nous avons montré que, dans le premier temps, les parents viennent, comme devant le juge, nous convaincre qu'ils ont raison.  C'est donc dans un deuxième temps, soit lors des entretiens, soit dans les réflexions, que cette interprétation pourrait être entendue par eux.
Plus largement, cette remarque renvoie à la notion "d'aliénation" par le symptôme (personnel ou relationnel).  La souffrance provoque un symptôme (ici, le conflit) qui vise à diminuer la souffrance.  Mais ceci, au prix de l'aliénation, de devenir moins soi-même, moins libre, prisonnier de son symptôme.  L'expertise, dans ce cas-ci, a permis aux parents de réduire leur aliénation, reprenant une direction commune que, dans le fond, ils souhaitaient pouvoir reprendre tous les deux.

Concernant les enfants, les lecteurs appréciaient les parties du texte où l'on retrouvait les enfants à une place centrale (quand nous précisons aux parents que ce n'est pas une "interview" des enfants, mais que nous parlerons de ce qu'elles pensent, de ce qu'elles vivent; la lecture du rapport avec les filles).
Des suggestions furent émises pour renforcer encore cette place accordée aux enfants.
Ainsi, pourquoi ne pas donner la partie de rapport la concernant à Céline ?  De fait, je ne crois pas que le faire eut été une erreur.  C'était en effet plus encore souligner qu'elle avait une "place raisonnable", ou encore un "droit de savoir" ce que nous avions dit la concernant.  Si je ne l'ai pas fait, c'est afin de rester clair dans les principes des places réciproques : le rapport appartient aux parents et au juge.  Les parents peuvent en faire ce que bon leur semble.  Ils possèdent une copie, et aucune règle ne les contraint à quoi que ce soit concernant les pièces du dossier.  Plus largement, la procédure judiciaire est une procédure publique.  Même si seuls les grands procès sont médiatiques, tout procès, toute audience est publique et chacun peut y assister, sauf l'exception du huis clos.  Mais, si la procédure est publique, ce rapport n'appartient pas au psy.  Lui, il a à le transmettre aux parties et au tribunal. Pas à d'autres.

Autre suggestion, pourquoi ne pas revoir les enfants ensemble ?
Dans une situation comme celle-ci, cela n'aurait pas posé de problème.  Il est possible que cela aurait en effet "solidarisé" les trois soeurs, renforçant leur lien fraternel déjà positif, ouvrant éventuellement quelques pistes de soutien mutuel en cas de difficulté, renforçant "le sous-groupe enfants" en le différenciant plus clairement dans le système familial.  Si cela devait se faire, ce serait après les entretiens individuels, ... et après réflexion.
Mais cette situation est loin d'être habituelle.  Il est fréquent que lors des situations conflictuelles, les enfants ensemble se contrôlent mutuellement.  Plutôt que d'être dans une dynamique d'entraînement mutuel positif, d'ouverture, ils se freinent, osent moins parler que quand ils sont seuls.  A l'extrême de ces situations, il y a les "blocages relationnels", les refus de certains enfants de (re)voir un parent.  L'expérience nous a montré que ces blocages sont bien plus résistants à l'ouverture quand il y a plusieurs enfants qu'un seul, et, lorsqu'il y a plusieurs enfants, si ceux-ci restent ensemble que quand les contacts se font avec chaque enfant isolément.  C'est notre expérience de situations bien plus bloquées que celle-ci qui a, en effet, orienté notre méthodologie.

Enfin, autre question concernant les enfants, peut-on mettre dans le rapport tout ce que l'enfant a dit ?
C'est en fait une question plus générale.  L'expert n'est pas tenu de mettre dans son rapport tout ce qu'il a entendu.  Il doit y mettre tout ce qu'il estime pertinent pour sa mission.  Mais cela ne règle pas toute la question.  On peut imaginer qu'un enfant dise quelque chose d'important, mais que de reprendre cela dans le rapport risque d'augmenter par exemple le problème relationnel.  Il n'y a, pour répondre à cette question, que la responsabilité, l'éthique de l'expert.  C'est lui qui, en conscience, décide de ce qu'il met dans le rapport.  Aucune règle de procédure, aucun article du code de déontologie ne permet de résoudre certaines questions où le médecin, le psychologue se retrouvent devant leur propre responsabilité, devant un choix à faire en fonction de leurs propres critères éthiques.  Ils ne sont pas au dessus des lois, mais connaître la loi n'évite pas de devoir faire des choix.  
"Primum non nocere" reste ici à mon avis un bon repère pour nous orienter dans ce problème.



Conclusion


Ce que nous souhaitions montrer dans cet article, c'est que, pour nous, dans le cadre d'une expertise civile en droit familial, les dimensions essentielles de l'éthique du "psy-expert" restaient fondamentalement les mêmes que celles de la consultation ou de la psychothérapie.  La consultation ou la thérapie vise à permettre, dans la mesure du possible, à une ou à des personnes de développer ou de (re)trouver leurs capacités de gérer leur propre vie et leurs relations avec l'entourage.  Dit autrement, permettre à chacun, personnellement et en relation, de vivre au mieux en personne libre et responsable.
L'expertise psy participe à cette même éthique.  
D'abord, en servant "d'outil" au juge, par l'aide qu'il lui apporte en l'informant des enjeux subjectifs et relationnels repérables avant qu'il ne prenne sa décision "instituante".  Par cette décision, le juge, lui, vise à garantir à l'enfant les meilleures conditions de ce qu'on pourrait appeler "l'exercice de sa filiation".
Ensuite - au moins dans un certain nombre de cas, comme ce qui est illustré ici - en permettant directement à des parents, à l'intérieur même du cadre de l'expertise, de dépasser une série de difficultés qui rendaient "l'exercice de leurs responsabilités parentales" impossible.  Pour l'enfant, c'est bien souvent une (première) occasion de s'exprimer dans un lieu tiers, face à des personnes engagées, comme lui, dans une relation avec ses deux parents.
Nous avons tenté de montrer que le psy expert peut rester respectueux de son éthique, tout en respectant le cadre du travail d'expertise dans le champ judiciaire.
L'expertise peut alors être un lieu garant du droit des individus, sujets de leur histoire, responsables de leurs actes (comme l'est d'ailleurs toute la procédure judiciaire), lieu où chacun reste interpellé dans sa propre responsabilité, à sa place d'enfant ou de parent, de juge ou d'expert.




BIBLIOGRAPHIE


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