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Psychiatre infanto-juvénile et psychothérapeute.

E. Kpadonou, Ph. Kinoo (2007), Culte Vodun et famille restructurée, Enfances/Adolescences, n° 12, 2007/2.

 

INTRODUCTION  
Dans le contexte culturel africain actuel, le vivant reste en perpétuelle quête de la connaissance du monde invisible car l’inconnu lui fait peur et le dérange . Il essaie alors d’imaginer ce qu’il peut comme il peut. « La croyance est l'attitude de l'esprit qui affirme, selon des degrés plus ou moins grands de possibilité, la vérité ou la réalité d'une chose, sans pouvoir fournir de preuve, ni qu'il soit possible de pouvoir fournir la preuve de sa fausseté » (http://www.rinnovamento.it/c/cr/croyance.html, 13/08/07).
Les religions apparaissent alors comme un processus d’exploration des zones de ténèbres mettant en lien l’être et son instance transcendante. Ainsi, le panthéon Vodun fait partie intégrante de la vie du béninois et est constamment sollicité dans les situations de maladie ou de perturbations psychiques.

CONSULTATION EN PÉDOPSYCHIATRIE
Il était 19 heures 30 ce mercredi après-midi, quand Tèdi et ses parents font leur entrée dans le bureau de consultation. Le père prend d’emblée la parole, s’excuse du retard et parle de leur fille, Tèdi, 14 ans. Elle est décrite comme une fille très têtue, violente, ayant un langage grossier. Elle ne fait que ce qu’elle veut et a un comportement sexuel précoce, ajoute la mère. A la demande de la thérapeute, les parents peuvent dégager des caractéristiques positives de leur fille : elle travaille, aime travailler, et ne recule devant rien. Tèdi reste assez calme pendant le temps de parole de ses parents. Elle a accepté de dessiner sur la feuille que la thérapeute lui a proposée. Elle reproduit les diverses personnes présentes à la consultation, y compris la thérapeute et elle-même. Chacune à sa place autour de la table. « J’ai dessiné tout le monde ici », dit-elle sans autre commentaire. Tèdi vient d’arrêter sa scolarité, et elle doit reprendre la classe de 5ème (deuxième année du cycle secondaire). Ainsi, la première consultation a été introductive ; elle a duré une heure. Les parents ont présenté leur fille et la fratrie, Tèdi a peu parlé à cette séance.
La 2ème séance, je vois Tèdi seule. L'entretien est assez libre. Elle parle de sa famille, notamment de ses sœurs, de sa tante maternelle, de ses parents. Elle dessine la salle d’attente et raconte ce qui s’y est passé, des deux enfants qu’elle a dû encadrer, parce que « leurs mères étaient restées sur la terrasse à parler entre elles ». À la 3ème séance, je la fais parler d'elle de façon plus dirigée. Elle parle de ce qu’elle aime et n’aime pas, de ce qu’elle considère comme ses valeurs de vie. Elle fustige l’hypocrisie, le mensonge, exprime sa quête de liberté de parole. C’est surtout pour cela, précise-t-elle, que son père s’évertue à lui faire des remontrances. Elle apprécie les séances chez la "psy" parce qu’on peut parler comme on veut. Elle voudrait revenir.
Au cours de ces séances, Tèdi s’est révélée une fille intelligente, mais sans limite verbale, à la recherche permanente de liberté. Elle n’a peur de rien et entend faire ce qui lui plaît. Elle ne reproche rien d’autre à ses parents que leur « farouche désir » de la contrôler. Vis-à-vis des autres enfants co-usagers de la consultation, Tedi affichait également son autorité.

Au bout des trois séances, nous proposons de poursuivre les entretiens avec Tèdi et ses parents, sans prescription de neuroleptiques, comme le demandaient pourtant les parents. La mère nous informe alors de l’intention de la famille d’aller au village consulter les oracles et de faire les sacrifices avant de revenir (éventuellement) à une autre séance. Le message est suffisamment clair.     

SITUATION DE LA FAMILLE
L'anamnèse familiale réalisée au premier entretien nous permet de décrire les éléments suivants.
La famille de Tèdi est monogame et se déclare catholique. Elle a connu cinq naissances. L’aîné et le second enfant, nés tous deux garçons, n’ont pu survivre au-delà de 7 et 21 jours. Pour expliquer ces deux décès, on avait parlé de Tohossou , ce qui fait penser d’emblée à des malformations lourdes. En effet, dans certaines cultures au Bénin, l’enfant né avec des malformations jugées incompatibles avec la vie, fait l’objet d’un rituel de divinisation au cours duquel on le consacre à l’élément cosmique eau. Tohossou, le roi des eaux. Il s’agit en fait d’un eugénisme traditionnel qui permet une reconversion socioculturelle déculpabilisante et valorisante ; la mère passe ainsi du statut de "de mauvaise mère d'un enfant malformé" au statut de "vénérée mère d'un enfant consacré à Tohossou".
L’aînée de substitution de la famille de Tèdi est née après plusieurs prières à Dieu et des oraisons aux Voduns de la collectivité. L’intervalle entre cet enfant et la puînée (Tèdi) a été plutôt court. Rassurés d’avoir ce deuxième enfant, vivant et sans problème, les parents ont pris le temps de dorloter Tèdi, voire de trop la dorloter. À la cinquième naissance, qui est donc la 3ème enfant survivante, les parents ont été encore plus apaisés, bien qu’ils auraient souhaité avoir un garçon à nouveau. En fait, ils vivent d’un sentiment mitigé : les deux garçons ont succombé, tandis que les trois filles ont survécu. Si c’est le sexe masculin qui est incompatible avec leur union, autant n’avoir que des filles. La naissance des filles les soulage donc. Cependant, ces naissances sont aussi des déceptions, puisque dans un système familial patrilinéaire, les filles ne peuvent assurer la pérennité du patronyme.
Depuis plusieurs années, les parents ont pris l’habitude de ne plus évoquer les deux premières naissances. Ils parlent simplement des trois filles. Nous parlerons comme eux, de l’aînée pour signifier l'enfant troisième né, de la "deuxième" pour le quatrième enfant et la "troisième" pour le cinquième. Tèdi, la deuxième, est celle que nous avons eue en consultation et par qui nous avons connu la famille.
L’aînée qui avait juste cinq mois quand la mère a été enceinte de Tèdi, a été rapidement sevrée, en deux mois, avant de bénéficier des soins de sa jeune tante maternelle venue dans la famille pour la circonstance. La troisième est née quand Tèdi a eu 4 ans.
L’aînée est très discrète, serviable, s’occupant plus des autres que d'elle-même, ce que sa jeune tante, qui a quitté la famille depuis bientôt 9 ans, a toujours déploré. La troisième, quant à elle, est très méticuleuse, et a tendance à trop « saper » (s'habiller avec recherche). Elle aime se faire voir comme la plus belle de la fratrie, a peu d’amies. Les parents lui reconnaissent un sens aigu d’organisation et de rangement. Tèdi se reconnaît la préférée des parents, tandis que l’aînée est la fille bien aimée de la jeune tante qui l'a élevée dans son jeune âge. La troisième n’a pratiquement « personne » ; elle reste parfois enfermée dans sa chambre pendant des heures « pour ranger ses affaires » a expliqué Tèdi.

La dynamique fraternelle se caractérise donc par des clivages et des jalousies avec bien peu de solidarité.

CONSULTATION DES ORACLES ET TRAITEMENT DE LA FRATRIE
Comme nous le décrirons plus loin, nous aurons l'occasion de revoir la mère de Tèdi. Elle nous fera un compte rendu de la consultation et du traitement Vodun.

Partie au village pour une consultation divinatoire au sujet de Tèdi, sur les conseils de l’oncle du père, la famille s'est retrouvée devant une série de cérémonies. A l'arrivée de la famille, avant même que la famille ne parle de son problème, le devin a jeté son chapelet de consultation, et a dit : « La pluie est tombée et le bouc (appelé pour la circonstance Kanlissou : animal mâle) est resté dehors. Le bouc trempé par la pluie rentre tout droit chez son maître pour trouver du réconfort ». Au Bénin, dans les contes, le bouc est un animal réputé avoir un sens profond de réflexion. Après avoir marmonné pendant quelques minutes, le devin s’est retourné vers le père, et lui a dit « Homme, quand Fa est au milieu de l'assemblée, nous, devins, ne tergiversons pas ». Sur ce, il annonce le diagnostic et les mesures à prendre. Selon le devin, les enfants défunts réclament à la famille leur reconnaissance. Ils ont été oubliés et sont de plus en plus mécontents. Leur sœur immédiate doit être investie et devenir garante de leur rituel et de leur présence constante dans le monde des humains. Ainsi donc, l’aînée est intronisée Tohossi (contraction de Tohossoussi ou "épouse" de Tohossou) : elle doit être adepte du « roi des eaux ». À ce moment, la mère s’interroge sur la cohérence du diagnostic et du traitement proposé, puisqu'on lui prescrit là une mesure qui concerne son aînée, et non Tèdi. Le devin, qui a continué à officier, s’arrête soudain pour déclarer : « Oui c’est pour un autre enfant que vous avez pris le chemin pour venir jusqu’ici. Vodun Sakpata doit pouvoir danser sur la tête de son "épouse" ici présente (Tèdi). Cet enfant ici devant Fa est Sakpatassi depuis sa naissance. Elle doit consacrer les jours de sa vie sur terre au Vodun Sakpata. Elle sera donc Sakpatassi (encore appelé Azonsi ou Anagonou selon les variantes ethniques aja fon). Dépêchons-nous avant que l’époux Vodun ne se fâche complètement ». Décontenancé, le père le pria de fouiller également pour leur troisième fille. Le devin lui révèle que celle-ci est sans équivoque la protégée de Mami (diminutif de Mamiwata). « Une parole trop longue n'est pas une [bonne] parole, faisons au plus vite les choses ».

Ainsi, la famille devient subitement "famille [de] Vodun". Le "verdict" est maintenant tombé, on ne peut s’y dérober. Chacune des filles reçoit une place différenciée mais assurée et bien précise dans le panthéon Vodun.

CARACTÉRISTIQUES VODUN
Tohossou ou "roi des eaux" est le Vodun de la rivière et des courants d’eau ; c’est un Vodun monstre qui se réclame de la source même de la vitalité. Dans la légende, Tohossou, l’enfant malformé a été retourné dans l’au-delà par les concepteurs traditionnels, mais a pu s’imposer depuis son territoire, en perturbant spirituellement les vivants, le roi en premier. Ce dernier avait des sommeils perturbés par des cauchemars et des insomnies. Les oracles consultés ont alors révélé l’urgence de la valorisation de Tohossou. (http://www.larcenciel-forum.com/site/spip .php?article639, 13/08/07).
À partir de cet instant, Tohossou vient avant tout autre Vodun au cours des festivités annuelles. Les cultes rendus aux Voduns publics comme Sakpata et Hèbiosso (Vodun du tonnerre) ne sont célébrés qu'après celui dédié à Tohossou.
Tohossou marque sa puissance et sa distinction par ses parures relevées, ses danses majestueuses et variées, et l’usage régulier de la couleur rouge. Le rouge rappelle le feu, c’est-à-dire la force vitale, à laquelle se rattache ce Vodun. (GILLI B, 1997, p 169). Tohossou exige plusieurs jours de cérémonies et beaucoup de chants. C’est un Vodun perspicace, incontournable dans le processus de consolidation de la royauté. Il fait peur aux forces maléfiques et protège ainsi la famille et la collectivité. C’est une force tranquille vivifiante reconnue, qui sait obtenir ce qu’elle veut de manière appropriée.

Sakpata, quant à lui, est le Vodun qui règne sur la Terre, Terre entendue comme sol nourricier, comme espace physique et sociologique, et comme socle, support, appui, soutien. Sakpata offre les céréales et autres vivres à l’être humain. Cependant, quand le désordre s’installe par le fait d’un individu ou d’un groupe, il châtie de façon foudroyante en faisant apparaître la variole (appelée "Ayi nu" ou "chose de la terre" en langue Fon du Bénin), dont les lésions dermatologiques sont comparées aux grains de céréales. Ces lésions sont également comparées à des perles, d’où son autre nom : "roi des Perles". Il traite aussi de la pharmacopée, c’est un justicier.
Sakpata incarne la force, la puissance, il défie tout le monde, c’est le Vodun le plus redoutable dans les cultures Fon et Mahi du Bénin (QUENUM M, 1999). Le Sakpatassi ("épouse" ou adepte du Sakpata) danse avec fougue, dans un apparat constitué d’une belle jupe courte aux couleurs vives et variées, et maintenue élargie par un cerceau en interne. Il tient une recarde (sorte de bâton de majesté) et des clochettes en main. Sa danse est très rythmée avec des chants mélodieux qui lui donnent l’occasion de dénoncer, ou de transmettre des messages osés. Sakpata est un Vodun qui se préoccupe du bonheur et de la cohésion communautaire, du lien au sein des vivants, et entre vivants et ancêtres. La terre est, en effet, la source d’alimentation de toute la communauté (SAULNIER P, 2002). Sakpata assure la progéniture et la santé, deux éléments clés de bonheur chez le Fon traditionnel du Bénin. Il est "fair-play" et s’autorise tout langage gestuel et verbal, jusqu'aux plus grossiers.
C’est la force fougueuse, téméraire, équitable, généreuse et incontournable.

Mamiwata est un Vodun de la mer. C’est un Vodun féminin qui s’octroie cependant des « épouses » (Vodunsi = épouse de Vodun ou adepte de Vodun). Mami procure du bonheur, de l’argent et autres richesses, mais ne donne pas véritablement des enfants. Elle est réputée stérile (GILLI B, 1997, p 220-221). La fraternité, la solidarité collective, la morale lui importent peu. Seul le malheur ou le bonheur de l’individu compte pour lui.
Les Mamissi sont d’une beauté physique reconnue par tous. Mamissi est une personne précieuse, on n’y touche pas n’importe comment. L’adepte a son jour pour accueillir son époux Vodun. Ce jour est respecté par les humains. Mamissi a le quitus pour se présenter toujours bien habillé et bien paré devant les humains et devant son époux Vodun. La couleur adoptée de Mami est le blanc. Mami apparaît pour consolider une identité en mal de structuration (TOGNON F et coll, 2004).  
Son culte est célébré avec des éléments multiculturels (http://www.larcenciel-forum.com/site/spip.php?article639 13/08/07). Mamiwata est capable du meilleur comme du pire et peut se venger très fort s’il arrive qu’on l’outrage.
C’est la délicatesse reconnue et soutenue.

NOUVELLES
Nous avons revu la mère de Tèdi après 4 ans, lors d’une consultation pour l’une de ses nièces à qui elle avait conseillé une consultation en pédopsychiatrie. Elle a accompagné la mère de sa nièce au premier entretien dans l’espoir de rencontrer la thérapeute qui avait reçu sa fille. Cela lui a permis de « rendre compte de l’évolution » de ses enfants, et de nous évoquer le "traitement Vodun" décrit précédemment.
Tèdi et ses sœurs participent désormais ensemble à chaque période de cultes Vodun. Elles sont sur une voie d'entraide mutuelle et dans la recherche de gloire pour la famille. La rivalité entre les enfants a diminué.

DISCUSSION
En Afrique subsaharienne, la vie s’articule autour du monde visible et du monde invisible (BONNET D, 1988), autour du monde des vivants et de celui des morts/ancêtres.
Une naissance anormale ou la mort d’un nouveau-né constitue un défi pour le père de famille. Cela signifie en effet qu’il n’a pas bien protégé sa maison car il existe un rituel de contournement ou de feinte qu’on peut (doit) exécuter pour se prémunir contre un décès [d’enfant] (LALLEMAND S, 1993). Quand malgré tout ce décès intervient, des rituels doivent être exécutés pour y donner un sens et/ou apaiser parents et fratrie. La croyance appelle ces rituels dont l’absence déshabite et perturbe la vie du béninois traditionaliste. Car, pour lui, la vie ne chuchote pas à l’oreille de l’individu, c’est à l'intérieur même qu’elle parle. Comme le soulignait MAUPOIL, « Ce n’est pas au-dessus de nous, c’est au fond de notre cœur que brûle éternellement la flamme divine » (MAUPOIL, 1981).

L’initiation Vodun a lieu à tout âge, mais l’exhortation (l’appel) se déclare souvent par des manifestations d’ordre physique ou psychique. Le sujet "meurt" en tant que profane et renaît en Vodunsi. L'initiation s'inscrit dans un rite de « mort » et de résurrection. Le sujet régénère son identité. Il se restructure à travers un nouveau nom, l’usage d’une nouvelle langue, la renaissance de nouvelles "qualités". Cela procède d’un remous profond, un genre de sismothérapie intégrale qui re-assène l’être dans son entièreté pour une autre constitution (positive ou négative). Pour la famille, la collectivité et la société c’est un réaménagement, une consolidation ou une stabilisation de soi.

Le Vodun n’est pas connaissable en lui-même, il est reconnaissable à travers ses actions, à travers les diverses manifestations (GILLI B, 1997, p 205). Les Vodunsi agissent les caractéristiques de leur Vodun mais en même temps ils ont la possibilité de redevenir humain en l’absence de leur Vodun. Ceci agrémente fort bien leur vie et leur être tout entier.     
On aura remarqué que chacune des trois sœurs portait en elle son Vodun, avec des traits concordants à sa structuration ; chacune d’elles a été "attribuée" à un Vodun aux caractéristiques proches de sa personnalité.
Le Panthéon Vodun dispose d’un répertoire de caractéristiques/caractères, correspondant dans une certaine mesure aux traits de personnalité. Ainsi la tradition peut insuffler le ferment spécifique dont l'individu a besoin. De ce point de vue, des signes existent pour accéder culturellement à une certaine connaissance en profondeur de la personne, de son caractère et de son destin (ERNY P, 1972). Toujours de ce point de vue, l’être humain possède une composante terrestre et une composante divine qui lui permettent de faire la cohésion entre le cosmos, l’être qu’il est lui-même et sa raison transcendante immanente (KOSSOU BT, 1983 ).

Autant les parents et Tèdi ont eu besoin de parler du motif de la consultation et de  répondre à une anamnèse dès le départ chez le thérapeute de l’école thérapeutique occidentale, autant la seule vue de Tèdi et de ses parents a suffi au tradithérapeute pour faire un diagnostic pour toute la fratrie. L’outil de travail de ce dernier n’a pas eu vraiment besoin de paroles préalables. Le "condensé" Fâ était là et a présenté sa combinaison en fonction de l’aura dégagée dans l’environnement "cosmique" en présence. La parole des parents n’est venue que secondairement, pour faire entrevoir leur angoisse et manifester leur désir de satisfaction complète auprès du tradithérapeute.
Pourquoi proposer une solution avant l’expression de l’angoisse et surtout avant une demande expresse de résolution de cette angoisse ? Ou, plus largement, qu'est-ce qui justifie le recours à Fâ, aux tests de personnalité ou à une analyse situationnelle ? Ce qui conditionne le choix, c’est d’abord ce que l’on rencontre au moment où l’on est à la recherche d’une solution ; c’est ensuite la croyance personnelle à une valeur, spirituelle ou autre. L’état de paix intérieure retrouvée vient par la suite aplanir, consolider ou déstabiliser la résultante des charpentes construites par les divers thérapeutes rencontrés.  
La croyance est une nécessité vitale pour l’être humain. On a besoin de croire à « l’identité et à la continuité de soi » pour vivre réellement. Les croyances nous permettent « d’adhérer à notre être et… d’habiter notre vie » (ANZIEU D, 1985).
Suite à la consultation Vodun, chaque membre de la fratrie et de la famille de Tèdi fait désormais peau neuve dans un environnement psychique personnalisé, pour une meilleure reconstitution acceptée par la société. Les rituels exécutés dans une ambiance de sacralisation sont venus apaiser l’angoisse, atténuer la culpabilité et la dépression des uns et des autres (AGOSSOU Th et coll.1995), et situer chaque personne comme il convient.

CONCLUSION
Pour trouver une solution à des problèmes de santé de leurs enfants, nombre de parents parcourent sans relâche centres de santé, espaces de culte, jusqu’à trouver un ancrage solide susceptible de les soutenir fermement – de quelque manière que ce soit – pendant un temps.
Les thérapies à composante culturelle apportent une aide à plus d’un titre, aussi bien pour l’individu que pour la famille et la société. Bien sûr, la grille de lecture est d’un autre registre que celle de la psychiatrie occidentale.
Ainsi, dans la famille de Tèdi, de « parents d’enfants à problème », les parents sont devenus "parents de fierté – Tohossou –, de justice – Sakpata –, de beauté – Mamiwata – ". Les Vodun ont octroyé de la valeur à la famille et restructuré la fratrie.
En cas de coexistence des modèles psychothérapeutiques occidentaux et de tradithérapie, la qualité de la relation entre le psychiatre, son patient et sa famille doit être empreinte de confiance et d’empathie, sans velléité concurrentielle, vis-à-vis des solutions culturelles d’apaisement par contournement ou décharge. L’essentiel à considérer est la quiétude psychologique et l’élévation de l’estime de soi pour chaque membre de la famille.

BIBLIOGRAPHIE
    Livres, revues, annales
1.    AGOSSOU Th, KPADONOU-FIOSSI É, SIRANYAN SA, AHYI Ph. Familles et maltraitances des enfants au Bénin In Les mauvais traitements de mineurs : réalités, caractéristiques, enjeux, réponses, SPHMD, Dakar, 1995 : 35-50
2.    ANZIEU D. Le Moi-peau,  Dunod, Paris, 1985 : 120-135
3.    BONNET D. Corps biologique Corps social, éd. de l’ORSTOM, Paris, 1988 : 69-73
4.    ERNY P. Les premiers pas dans la vie de l’enfant d’Afrique noire, L’École, Paris, 1972 : 124-125
5.    GILLI B. Naissances humaines ou divines ? Analyse de certains types de naissances attribués au vodu, éd. HAHO, Paris, 1997 : 169 ; 220-221 ; 205
6.    KOSSOU BT. SE et GBE Dynamique de l’existence chez les Fon, La Pensée Universelle, Paris, 1983 : 39-40
7.    LALLEMAND S. La circulation des enfants en société traditionnelle, L’Harmattan, Connaissance des hommes, Paris, 1993 : 80-91
8.    MAUPOIL B. La Géomancie à l’ancienne Côte des Esclaves, Institut d’Ethnologie, Paris, 1981 : 61
9.    QUENUM M. Au pays des fons Us et coutumes du Dahomey, Maisonneuve et Larose, Paris, 1999 : 70-72
10.    SAULNIER P. Le Vodun Sakpata Divinité de la terre, SMA Société des Missions Africaines, Madrid, 2002 : 91-99
11.    TOGNON F, GANDAHO P, AHYI RG. Le langage du corps In Psycause 035-036, 2004 : 41-43

Sites internet
1. http://www.rinnovamento.it/c/cr/croyance.html, 13/08/2007
2. http://www.larcenciel-forum.com/site/spip.php?article639, (ACLINOU P, HENNING
    C. Forêt de l’Arc en ciel - Mythes africains) 13/08/2007